Innovation & Solutions Un projet vise à alimenter des immeubles par de l’hydrogène vert


Le gérant vaudois de fonds immobiliers Realstone, Romande Energie, la start-up GreenGT et la fondation Nomads se sont associés dans le projet Aurora afin d’étudier la faisabilité d’installer des électrolyseurs et des réservoirs d’hydrogène vert pour fournir en électricité et en chaleur des immeubles de Suisse romande. En plein boom dans les transports, l’hydrogène est un moyen de stockage de l’électricité sans avoir recours à des batteries. Le projet vise d’abord à évaluer si son utilisation dans des immeubles est viable économiquement.


Pourquoi la question est ouverte. L’hydrogène vert produit à partir d’électricité renouvelable est de plus en plus au centre des stratégies de transition énergétique. Ses principales applications sont cependant réservées aux transports, en particulier aux transports lourds. En visant les immeubles, le projet Aurora pourrait non seulement remplacer des énergies fossiles mais aussi apporter une solution intéressante au problème de l’intermittence du solaire et de l’éolien, en stockant de l’électricité de manière décentralisée. Reste à faire diminuer le prix de l’hydrogène vert pour le rendre compétitif.


Aurora. Le projet vise à créer une installation pilote afin de générer des compétences et de vérifier la possibilité d’utiliser l’hydrogène vert dans l’immobilier.


Il s’articule en deux phases:
La première consiste à créer un outil de simulation permettant d’atteindre techniquement et économiquement les objectifs du projet. Chargé de communication chez Realstone, Mirko Martino explique:
«Nous allons utiliser les données énergétiques d’un immeuble anonymisé à des fins de modélisation. Cet outil nous permettra de sélectionner les immeubles existants et futurs du parc immobilier géré par Realstone qui répondent le mieux aux exigences de cette technologie et d’y planifier son arrivée progressive. L’envergure du projet dépendra du résultat de la simulation.»


Cette première phase vise aussi à définir quelles combinaisons de technologies sont pertinentes pour le bâtiment.
Cela devrait permettre de sélectionner le type d’électrolyseur nécessaire pour convertir l’électricité verte en hydrogène, de même que les piles à combustible qui le retransforment en électricité, ainsi que les solutions de stockage. L’utilisation de batteries et de boilers d’eau chaude est aussi envisagée.
Si les résultats de la modélisation sont concluants tant sur le plan de la réduction effective des émissions d’un bâtiment (incluant le cycle de vie des technologies employées) que d’un point de vue économique, la seconde phase prévoit la réalisation d’une première installation, puis son extension à d’autres immeubles.

Un autre volet du projet concerne la formation d’ingénieurs et de techniciens spécialistes de l’hydrogène vert pour le bâtiment.


Les obstacles. Les principaux défis à relever concernant la production de l’hydrogène vert et son coût:
La production. En l’état, en Suisse romande, la raffinerie de Cressier produit de l’hydrogène gris (par reformage du gaz naturel) pour l’équivalent de ce qu’une usine de 100 mégawatts par électrolyse produirait. Les plus gros projets d’hydrogène vert en service en Suisse sont de l’ordre de quelques mégawatts seulement. Romande Energie a plusieurs projets à l’étude.

Le prix. Celui de l’hydrogène vert est cinq fois plus élevé aujourd’hui que celui de l’hydrogène gris. Selon un porteparole de Romande Energie:
«Le prix de revient de l’hydrogène vert est principalement impacté par le coûts d’investissement de l’électrolyseur et par le prix de l’électricité qui l’alimente. Les prix des électrolyseurs sont tendanciellement en chute à mesure que
ces technologies se massifient, mais il est difficile aujourd’hui de prédire à quelle vitesse. Concernant l’électricité, une des pistes consiste à considérer une alimentation par des excédents de production photovoltaïque pour lesquels les prix de revient sont également tendanciellement en baisse.»
Les principaux projets d’hydrogène vert appliqués aux bâtiments testés en France et aux Pays-Bas se sont heurtés jusqu’à présent à cette question du prix.


La possibilité pour un électricien d’utiliser de potentielles capacités de stockage du courant, y compris à moyen terme, a cependant une valeur économique. Reste à déterminer si elle sera suffisante pour qu’Aurora démontre sa
viabilité économique.

 

Le quartier de Sebeillon à Lausanne pourrait servir à tester les applications de l’hydrogène vert dans
l’immobilier. | Realstone

18 octobre 2021, par Fabrice Delaye

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